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Le sport en France se résume t-il à l'olympisme ?

Tribune de Philippe MACHU, Président de l'UFOLEP

L’adoption des nouveaux statuts du CNOSF lors de son assemblée générale du 21 mai a encore accru la mainmise du mouvement olympique sur l’organisation du sport en France.

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Ceci au détriment des fédérations qui, à l’écoute des aspirations de la société, lient la promotion et l’encouragement de la pratique sportive à des préoccupations de santé, de bien-être et de vivre ensemble.

 

Alors que les fédérations olympiques étaient déjà majoritaires en voix, contrôlant ainsi le conseil d’administration, fallait-il porter cette représentation à plus de 60 % ? Sans doute était-il indispensable que le Comité national olympique et sportif français puisse afficher en toute sérénité son intérêt central pour de grands événements internationaux qui ne concernent que quelques milliers d’athlètes, pour des investissements colossaux… Autant de sommes largement financées par le contribuable et qui pourraient aussi contribuer à favoriser la pratique du plus grand nombre.

 

Fallait-il également supprimer le collège des fédérations dites « affinitaires et multisports », au sein duquel l’UFOLEP échangeait avec ses homologues ? Ou bien encore les espaces de rencontre entre fédérations – olympiques et non olympiques – concernées par des problématiques spécifiques : comité interfédéral des activités cyclistes, des activités aquatiques, etc. Ces organes permettaient pourtant un enrichissement mutuel, des projets communs, et l’expression des besoins nouveaux des pratiquants…

 

Mais non ! Alors que la demande de pratiques diversifiées explose, que les pratiquants auto-organisés sont au moins aussi nombreux que les licenciés sportifs, que l’on souligne les bienfaits éducatifs, sociaux et de santé d’une pratique adaptée qui ne s’embarrasse pas des carcans de la haute compétition, le CNOSF se mobilise essentiellement aujourd’hui autour de l’accueil de grands événements.

 

L’UFOLEP et les autres fédérations affinitaires et multisports ne refusent pourtant pas en bloc l’esprit olympique dans ce qu’il a de meilleur. Une nation vraiment sportive pour des Jeux partagés, voilà un beau défi que le mouvement sportif pourrait porter, dans la diversité de ses talents et de ses publics, du licencié scolaire au pratiquant senior. Une nation solidaire et citoyenne réunie autour d’un projet ambitieux et fraternel, voilà une perspective à laquelle nous rêvons de nous associer.

 

Mais cela exige avant tout le respect de tous les acteurs du sport en France, et notamment ceux qui siégeaient au sein du Conseil national des sports avant que celui-ci ne soit réuni en 1972 au Comité national olympique. Cela suppose également une hiérarchisation réfléchie des objectifs qui ne se réduise pas à l’organisation d’événements de prestige et à la course aux médailles.

 

Les émotions partagées devant des réussites sportives venant flatter notre égo national ne seront que plus belles et plus durables si la pratique sportive devient enfin une réalité pour toute la population. À nos yeux, le spectacle offert par le sport de haut niveau n’a de sens que s’il s’articule avec des pratiques quotidiennes synonymes pour le plus grand nombre de plaisir, de santé, de mieux-être et de vivre ensemble. À l’inverse, il devient pathétique s’il se résume aux joutes télévisées d’une poignée de sportifs surentraînés, suivies depuis leur salon par des millions de spectateurs passifs et sédentaires.

 

Toutes les fédérations sportives ne seront pas de trop pour aller au-devant des publics éloignés, accompagner leurs découvertes et leurs progrès, former les bénévoles et les cadres indispensables, nouer des partenariats avec les collectivités territoriales et les organismes sociaux concernés. Aussi, comment peut-on ignorer les besoins de la société civile et renvoyer dans leurs filets des acteurs qui n’aspirent à d’autre gloire que de rendre service à la diversité des publics et à la cohésion de notre société ?

 

Ces deux facettes du sport sont d’égale importance et le CNOSF se grandirait et renforcerait une unité aujourd’hui mise à mal en développant un projet « olympique et sportif » où le premier qualificatif n’étouffe pas toutes les dimensions que doit revêtir le second.

 

Philippe MACHU

Président de l’UFOLEP


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